Antoine d’abbaye : Voyageur de naissance ? Naissance d’un voyageur ?

En 1827, Antoine d’Abbadie est reçu brillamment aux examens du baccalauréat avec un prix d’excellence de rhétorique. Le jeune philosophe exprime son enthousiasme en cette fin août 1827.

« Cette année est la plus heureuse de mon existence. Quelles joies n’ai-je pas eues depuis l’ouverture de l’année classique : une mesure complète de Castex, l’Algèbre de Bourdon, étrennes précieuses ; une première place dans cette philosophie que j’ai presque détestée ; les œuvres de Buffon ; les pages tour à tour sublimes, éloquentes, mélancoliques de Chateaubriand, en enfin la douce pensée d’étudier bientôt l’hébreu : voilà ce qui fait mon bonheur, voilà ce que je ne voudrais échanger contre la gloire d’un Voltaire ou d’un Masséna ; mon héritage dans ce monde me contente et je bénis le Seigneur qui me l’a donné. »

Les lectures romanesques et plus particulièrement Chateaubriand agissaient sur la jeune imagination d’Antoine d’Abbadie et témoignent de sa sensibilité.
Mais son désir de s’instruire, pour ainsi dire sans limite, ses initiatives, indiquent l’universaliste en devenir :

« Je songe à acheter le nouveau manuel d’Astronomie, l’Astronomie en vingt-six leçons ; celle de Francoeur, la Chimie d’Orfila ; le Tasse, Virgile par Lefèvre ; je suis rassasié de projets, et je soupire toujours pour l’ouvrage de M.Gay-Lussac. »

Avant de quitter ses amis de lycée pour des vacances bien méritées, Antoine d’Abbadie s’entretient avec eux de leurs futurs projets. Mais Antoine ne livre qu’à son fidèle carnet ses pensées secrètes :

« Quelquefois, à son tour, Garnier s’enquiert de mes projets ultérieurs. Je lui réponds par des lieux communs ; il n’y voit sans doute que de l’indécision ; et
Moi, je renferme dans mon cœur, pour lui comme pour le reste du monde, le projet si insensé, mais si beau, qui fait les délices de tous mes loisirs. »

C’est en partie la lecture des voyages de l’écossais James Bruce (1730-1794) ; qui séjourna quatre ans en Abyssinie et prétendit avoir trouvé les sources du Nil, que le projet d’Antoine d’Abbadie d’explorer l’Ethiopie prend sa source. Il se voit déjà voyageur et de ce fait commence à se préparer pour sa nouvelle occupation. Il sait que l’aventure est périlleuse et que pour tendre vers sa réussite il doit se préparer tant physiquement que mentalement, notamment en apprenant des langues étrangères, dont l’arabe et en se soumettant à des entraînements dignes de sportifs aguerris.

Il met à profit la période estivale pour ses exercices…. Entre mer et montagnes, le Pays Basque lui offre ses terrains d’aventures.
Antoine nourrissait depuis longtemps un grand amour pour le pays basque.
Amour transmis par son père pour ce pays, berceau de ses ancêtres. Il était attaché et fidèle au Pays Basque, comme le sont souvent ceux qui ont dû partir…

Biarritz restait le lieu habituel des vacances familiales, comme l’écrit son père en 1828 à Fleury de l’Ecluse (Professeur de Grec d’Antoine au lycée Royal de Toulouse, aujourd’hui lycée Pierre de Fermat ):

« L’automne dernier, me trouvant avec ma famille à Biarritz pour prendre des bains de mer, je fis l’acquisition de votre ouvrage sur la langue Basque. »

Cet été de l’année 1827, Antoine d’Abbadie s’engage dans un travail de préparation qui durera 8 ans. Pour réussir son départ vers l’Orient et l’Ethiopie il tire enseignements de tout.

« Ayant formé, dit Antoine au sortir du collège, le projet d’une exploration vers l’intérieur de l’Afrique où je voulais alors entrer par Tunis ou le Maroc, je consacrai une grande partie des années suivantes à étudier les sciences nécessaires pour voyager avec fruit . »

« Arnauld s’étant pourvu de lignes et d’hameçons, allait régulièrement à la pêche, et moi je le suivais sur les pointes des roches en repassant dans Francoeur les théories des Képler et des Lalandes. »
(Souvenirs d’un écolier – MS2098 – Bibl. Institut de France)

Après sa lecture des récits de voyage de l’écossais James Bruce son ardente vocation d’explorateur s’affirme et Antoine d’Abbadie enrichit son cahier de notes de certains retours d’expérience du désert. Ses prédécesseurs seront ses guides, notamment l’explorateur Frédéric Cailliaud(1787-1869). Il reste l’un des premiers européens à avoir pénétré en Ethiopie. Cailliaud a aussi exploré la Mer Rouge et le Nil.
Toujours dans le carnet d’Antoine, à la date du 20 juillet 1830, il parle de René Caillé (1799-1838), qui fut le premier occidental à avoir atteint Tombouctou en 1828 et qui venait d’en rentrer difficilement.
D’Abbadie s’intéresse spécialement à l’expédition de Dillon pour retrouver La Pérouse dont il écrira : « je tombais aux pieds de ce compagnon de l’illustre Lapérouse… »

D’Abbadie érudit, mais consciencieux se prépare à cette périlleuse expédition avec l’intention de se donner toutes les chances de revenir… Vivant !

Publier un commentaire